Le pho­to­gra­phe ne fait pas que mon­trer sa réa­lité, il ordonne le réel à son image. Ce qu’il mon­tre ce n’est pas tant le monde que lui-même. Il est, un court ins­tant, l’ordon­na­teur de ce qui se pré­sente à lui, le chef d’orches­tre des cho­ses. La réa­lité lui échappe parce qu’il la rejette. Il en brise les lois pour impo­ser les sien­nes et, dès lors, il ne s’agit plus d’une inter­pré­ta­tion pas­sive du réel mais une exté­rio­ri­sa­tion de son esprit, le temps de pré­pa­rer, jusqu’au déclen­che­ment. L’ins­tant d’après, la machine se remet en route et tout a dis­paru, il ne reste plus que le cli­ché, seule trace de son incur­sion. Il a déjà tout replié, il est déjà parti plus loin et tout le monde l’a oublié, comme s’il ne s’était rien passé.