L’être humain aime se pen­ser excep­tion­nel, nous aimons nous pen­ser uni­que, ce que nous som­mes, mais pas de la façon que nous espé­rions. Il y a tou­jours une part d’envie de révo­lu­tion­ner le monde, de trans­for­mer entiè­re­ment sa face vers quel­que chose que l’on pense meilleur. Pour­tant, il n’y a que peu d’entre-nous qui peu­vent se glo­ri­fier de ça dans l’his­toire : moins d’un par géné­ra­tion.

Et après tout, qu’est-ce qui crée ces révo­lu­tions ? Si Ein­stein n’avait pas énoncé sa théo­rie de la rela­ti­vité géné­rale, celle-ci répon­dant au besoin de cor­ro­bo­rer le fait que la lumière a une vitesse fixe, quelqu’un ne l’aurait-il pas fait à sa place ? Si la crise de 29 n’aurait pas existé, est-ce que Key­nes aurait pu énon­cer les prin­ci­pes nous ayant per­mis de gérer les cri­ses éco­no­mi­ques depuis lors ?

L’homme n’est pas moins le pro­duit de la société que la société est le pro­duit de l’homme. Par con­sé­quent, est-ce que ces grands ne sont pas le pro­duit, la résul­tante de leur épo­que ? Comme si dans l’huma­nité était ins­crite une mémoire ata­vi­que dont résul­te­rait les réflexions d’une épo­que don­née. Depuis que nous avons perdu la maî­trise de la tota­lité du savoir, n’a-t-il pas émergé un savoir mutua­lisé, issu des réseaux humains, des inter­con­nexions ?

J’ai eu l’occa­sion de déchan­ter plu­sieurs fois, remar­quant que mes idées n’étaient jamais que le pro­duit incons­cient d’idées pré­cé­den­tes, cel­les-ci ayant fil­tré dans le tissu même de la société. La vision d’untel pen­seur ayant trans­formé les per­son­nes influen­tes de la société qui, à leur tour, modi­fient la struc­ture du corps social. Je ne suis, en fin de compte, que le pro­duit des évé­ne­ments pas­sés.

Est-ce que ça veut dire que je n’ai rien à appor­ter, à mon tour, au monde ? L’ave­nir nous le dira.