Herbe, mai. 2009 — pho­to­gra­phie de Nico­las Mout­schen, tous droits réser­vés.

Les êtres humains sont des créa­tu­res très étran­ges. Elles en devien­nent même fas­ci­nan­tes, comme une four­mi­lière. On les regarde se bala­der dans leur ruche, un petit balet pro­grammé qui se répète pré­vi­si­ble­ment, jour après jour.

Ils s’en vont et vien­nent, glis­sent de leurs lits à leurs chaus­sons, de leurs chaus­sons à leur paillas­sons et puis ils glis­sent sous terre pour rejoin­dre leurs tours d’ivoire et de verre. Et ils se fer­ment, s’iso­lent, se cachent les yeux, se bou­chent les oreilles, fuient les autres en se pres­sant con­tre eux.

Mais de tous ces gens, ceux que j’aime le mieux obser­ver, c’est le prince char­mant et sa prin­cesse.

Elle, elle ne fait rien, on la réveille, on l’habille, on la nour­rit. Elle n’a jamais appris à faire parce qu’on lui a tou­jours deman­der d’être, ce qu’elle fait très bien. Être belle, jolie, dési­ra­ble, elle doit faire tour­ner la tête des hom­mes en ne fai­sant rien.

Et puis il y a Il. Lui, c’est l’inverse : il n’est pas, il fait. Des­cen­dre de son che­val blanc, secou­rir, con­for­ter la prin­cesse fra­gile, lui appor­ter tout ce dont elle a besoin. Il lui apporte l’argent, la traite avec res­pect, la rend heu­reuse.

Et d’âges en âges, elle est deve­nue de plus en plus exi­geante, lui de plus en plus dis­tant. Ils se tour­nent le dos, lui donne le mini­mum, elle prend le maxi­mum, ne s’appri­voi­sent pas. Ils sont deve­nus des étran­gers.