Ninou

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2009 nov. 16

Le photographe

Le pho­to­gra­phe ne fait pas que mon­trer sa réa­lité, il ordonne le réel à son image. Ce qu’il mon­tre ce n’est pas tant le monde que lui-même. Il est, un court ins­tant, l’ordon­na­teur de ce qui se pré­sente à lui, le chef d’orches­tre des cho­ses. La réa­lité lui échappe parce qu’il la rejette. Il en brise les lois pour impo­ser les sien­nes et, dès lors, il ne s’agit plus d’une inter­pré­ta­tion pas­sive du réel mais une exté­rio­ri­sa­tion de son esprit, le temps de pré­pa­rer, jusqu’au déclen­che­ment. L’ins­tant d’après, la machine se remet en route et tout a dis­paru, il ne reste plus que le cli­ché, seule trace de son incur­sion. Il a déjà tout replié, il est déjà parti plus loin et tout le monde l’a oublié, comme s’il ne s’était rien passé.

2009 juin 3

Qu'est-ce qu'une photographie ?

Petons, mai. 2009 — pho­to­gra­phie de Nico­las Mout­schen, tous droits réser­vés.

Ma géné­ra­tion a connu toute une série de petits bou­le­ver­se­ments parais­sant ano­dins mais ayant changé notre rap­port au réel.

Quand j’étais petit, les appa­reils pho­tos exis­taient déjà, tout autant que les cas­set­tes audio et vidéo. Nous pou­vions déjà cap­tu­rer l’ins­tant et le repro­duire à volonté. Les émo­tions étaient déjà maî­tri­sées, cap­tu­rées, on pou­vait se les rap­pe­ler à volonté, à l’ins­tar de Proust mais avec une faci­lité iné­ga­lée.

Les des­sins et écrits exis­taient déjà mais n’étaient que des inter­pré­ta­tions et loin d’être ins­tan­ta­nés. Les odeurs exis­taient aussi[1], mais il est dif­fi­cile de le par­ta­ger.

Des trois médias cités plus haut, la pho­to­gra­phie avait l’avan­tage d’être direc­te­ment con­sul­ta­ble et per­ma­nent. Alors que les cas­set­tes sont dépen­dan­tes de lec­teurs et d’écran et/ou encein­tes, la pho­to­gra­phie se tient sur une feuille de papier que l’on peut gar­der avec soi. Alors que l’audio et la vidéo sont tem­po­rels, la pho­to­gra­phie peut s’accro­cher au mur et se lais­ser con­tem­pler en per­ma­nence. De plus, nous avons le temps de pou­voir en scru­ter cha­que détail, l’explo­rer à notre con­ve­nance là où les deux autres ne se pren­nent que dans leur ensem­ble.

Bien évi­dem­ment, ceci est loin d’être nou­veau, des pre­miè­res épreu­ves de Niépce, du pho­no­gra­phe d’Edi­son et du cinéma Lumière, je n’ai parlé que des pen­dants de ma jeu­nesse, rem­pla­cés depuis lors par le CD, DVD, et puis …

Et puis main­te­nant on regarde des JPEG en écou­tant des MP3 et puis après on s’regarde un petit DivX. Des fichiers, ils sont repro­duc­ti­bles à l’infini, lisi­bles sur tout un tas de lec­teurs, de plus en plus petits[2]. Tout ceci s’est tota­le­ment déma­té­ria­lisé, pas­sant d’un pro­cédé argen­ti­que ou magné­ti­que à une série d’impul­sions élec­tri­ques.

Puis nous avons appris à par­ta­ger ces impul­sions, ne res­tant plus chez nous mais voya­geant autour de la terre. De nos jours, les télé­pho­nes moder­nes peu­vent pren­dre des pho­tos et les envoyer direc­te­ment sur inter­net. Même moi, tou­jours avec mes ancê­tres, je numé­rise mes films pour vous les mon­trer.

Face à cette faci­lité et cette quasi-gra­tuité, tout le monde est devenu à même de cap­tu­rer le réel, le repro­duire, et le mon­trer à la face du monde, où se situe encore le tra­vail de la pho­to­gra­phie ? Il est vrai que le tra­vail du pho­to­gra­phe pro­fes­sion­nel se réduit à grande vitesse : cha­que déclen­che­ment valant de moins en moins, par­tant nour­rir les ban­ques d’ima­ges ; les gens se con­tent de plus en plus des pho­tos snap­shots pour gar­der le sou­ve­nir.

Cette déma­té­ria­li­sa­tion du sup­port déma­té­ria­lise aussi la pho­to­gra­phie. Les pho­tos ne sont plus con­ser­vées qu’au fond d’un compte Face­book com­pre­nant déjà quel­ques cen­tai­nes voire mil­liers d’autres cli­chés, per­dant l’impor­tance de l’ins­tant passé.

Pour ma part, je ne com­prend pas cette néces­sité de cap­tu­rer un sou­ve­nir ins­tan­tané, comme si on avait peur de l’oublier, alors que nous l’oublie­rons de toute façon. Au mieux, je tente de con­ser­ver une trace des gens, une preuve de leur exis­tence mais l’acte de recréer m’échappe.

Bien sûr, la pho­to­gra­phie ne per­met que de mon­trer ce qu’on voit, je serai tou­jours limité aux maté­riaux m’entou­rant. Mais n’est-ce pas pareil pour le reste ? L’écri­vain est limité aux mots, le sculp­teur à la terre, le pein­tre aux pig­ments, … En prime, le pro­ces­sus créa­tif se base sur nos pro­pres expé­rien­ces. Nous som­mes de toute façon limité à ce que nous voyons et nous devons jouer avec, les com­bi­ner, les arran­ger pour créer quel­que chose qui n’était pas pré­sent.

À l’inverse, la pho­to­gra­phie est plus à même de la créa­tion par séren­di­pité que les autres arts, comme le mon­tre cer­tai­nes fran­ges du mou­ve­ment lomo­gra­phi­que qui recom­man­dent de ne pas regar­der ce qu’on pho­to­gra­phie, dans la mesure où le déclen­che­ment est ins­tan­tané et donc moins maî­tri­sa­ble en appa­rence et où l’imma­té­ria­li­sa­tion actuelle nous pousse à déclen­cher de manière achar­née. C’est pour cette rai­son d’ailleurs que je pré­fère uti­li­ser mes ancê­tres et les films pho­to­gra­phi­ques, pour me for­cer à incu­ber jusqu’à l’illu­mi­na­tion dans le dépoli qu’il ne me reste plus qu’à fixer dans l’argent.

Notes

[1] Je dois avouer que cer­tai­nes odeurs me font tou­jours me retour­ner, en sou­ve­nir de ce à quoi elles se rat­ta­chent

[2] Vous en avez pro­ba­ble­ment un dans votre poche, et de toute façon vous êtes en train d’en regar­der un.

2009 janv. 8

Des résultats inattendus

Port de Sète, déc. 2008 — pho­to­gra­phie de Nico­las Mout­schen, tous droits réser­vés.

J’ai passé une bonne par­tie de ma jour­née à la recher­che des divers colis qui m’atten­daient : un scan­ner, un kit de déve­lop­pe­ment, des vête­ments aussi. Mon impa­tience m’a poussé à essayer tout ça pour vous four­nir ces résul­tats. Je pour­rai désor­mais illus­trer mes arti­cles de pho­to­gra­phies pri­ses par mes soins.

Ici, une photo d’un bateau prise dans le port de la ville de Sète, près de Mont­pel­lier. Pre­mier essai en déve­lop­pe­ment croisé. Une réus­site assez rela­tive, prin­ci­pa­le­ment parce que je n’avais aucune idée de com­ment ce film allait réa­gir au pro­cédé. Une ten­dance à virer au vert en hau­tes lumiè­res et au rouge en bas­ses lumiè­res. De plus, les pho­to­gra­phies sont plus clai­res car le pro­cédé inver­si­ble exige un film plus sen­si­ble d’un IL par rap­port aux films néga­tifs.

2008 déc. 31

La photographie

Kim Cathers, fév. 2007 — photographie de kk+, certains droits réservés.

Petite note à ceux qui attendent que je mette mes photographies à la place de celles des autres : les anciennes photographies ayant déjà paru sur mon ancien blog, les nouvelles attendant que j’aie chercher à Bruxelles un scanner de films et certaines attendant un kit de développement C-41, je suis dans l’incapacité de vous montrer de nouvelles photographies avant au moins ce week-end.

Qu’est-ce qui peut motiver quelqu’un à se tourner vers la photographie ? Elle se retrouve limitée à une certaine expression du réel : on ne peut capturer qu’une image existante, quelque chose de tangible, répondant aux lois physiques. On ne peut pas comme dans la peinture ou le dessin moduler parfaitement l’image pour obtenir quelque chose que nous percevons comme irréaliste. Nous pouvons au mieux contourner certaines règles pour créer des visions où nous perdons pieds (changement du rendu des couleurs, de la luminosité, du cadrage, etc.) mais l’esprit retombe toujours sur ses pattes et distinguer la réalité de ce qui ne l’est pas, comme si nous n’avions fait que passer une fine couche de peinture sur le réel.

Dès lors la photographie se retrouve dans l’esprit cantonnée à une représentation du réel, reléguant le photographe à un capteur de présent, n’appuyant que sur le déclencheur pour capturer une réalité objective au travers de son objectif. Mais est-ce vraiment le cas ? Pour ma part, j’ai envie de dire que non. Il existe une multitude de facteurs singularisant le photographe par son approche, son cadrage, ses choix techniques, sa motivation à photographier et ce qu’il a envie de photographier qu’il en résulte une singularisation des épreuves et donc une relativisation par l’œil du photographe.

Le fait de jouer avec la contrainte de la réalité, de l’environnement perceptible peut être vu comme une limitation en comparaison des autres formes d’arts mais à mon sens elle permet de mieux retranscrire l’émotion dans l’instant, exprimer le ressenti émotionnel du photographe de manière instantanée, immédiate, sans se retrouver biaisée par des heures et des heures de travaux qui ne retranscrivent qu’une tendance générale sur une période. Vu qu’un spectateur ne passera pas autant de temps à contempler l’œuvre en question, ils se sentira moins affecté par cette retranscription émotionnelle. À l’inverse, la photographie capture l’instantané parlant immédiatement au spectateur, tendance encore renforcée par le réalisme qui permet de s’exprimer sans barrière, sans nécessité de comprendre avant de ressentir. Par contre, cet rapidité fait que la plupart des photographies sont nazes, même celles d’un grand artiste reconnu.

Un autre problème de la photographie est son côté technique, apportant une foison de techniciens, donnant une multitude de photographies agréables à l’œil mais dépourvue d’âme, d’émotions. J’attends de toute une série de produits de la vie courante qu’ils soient esthétiques (mobilier, voiture, télévision, etc.), mais qu’ils ne parlent pas à mes émotions par ce biais alors qu’une œuvre d’art devrait me secouer les tripes : c’est la différence entre la technique et l’art. Le respect des règles ne fait pas de vous un artiste, tout comme connaître un texte par cœur ne fait pas en sorte que vous le compreniez et comme disait mon professeur d’ALSD, connaître sa matière, c’est zéro. La valeur ajoutée se trouve donc par delà la maîtrise technique. Je ne dis pas que ces techniciens sont inutiles, loin de là, il faut des photographes de mode, de publicité, etc. pour vendre un produit ou se faire l’image des choses.

Bon, je vous laisse jusqu’à demain où je vous parlerai d’un grand changement (et je parie que vous ne vous doutez pas de quoi il s’agit).

2008 déc. 28

Développement croisé

Stasis Stasis, Vancouver, déc. 2004 — photographie de xdjio, certains droits réservés.

J’éprouve une certaine fascination pour le développement croisé. Ce procédé consiste à se tromper malencontreusement de méthode de développement d’un film couleur, vu qu’il existe des films négatifs et des films positifs (ou inversibles) et qu’ils ont chacun leurs solutions révélatrice.

Le résultat donne des couleurs saturées, généralement avec un décalage dans les tons ce qui donne une dominante dépendant du film et une augmentation du contraste.

Au final, on obtient une image à la fois vraisemblable par le réalisme photographique avec une touche onirique, irréaliste qui berce dans l’imaginaire ; quelque chose qui secoue plus les émotions que la froide réalité.